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Vide-poche décoré d’une vue de l’usine Téco à Bois-de-Breux

Publié le 11 octobre 2011

 

Société Anonyme Téco – Chênée puis Bois de-Breux à Grivegnée près de Liège

Le 6 juillet 1920, Franz Theunissen constitue la S.A. Appareillage Théco, afin de développer son entreprise, créée quelques années auparavant et installée dans un atelier de fortune à Chênée.

Dès les années 1930, la concurrence avec la Tchécoslovaquie augmentant et la consonance trop slave du nom a fait que le H a été supprimé, devenant ainsi, Téco.

Spécialisée dans la fabrication d’appareillage électrique, la Société Téco se développe et installe un four à porcelaine de 40 m3 dans la commune de Grivegnée, près de Liège, plus précisément au lieu-dit « Bois-de-Breux ». Ainsi, à côté de la fabrication d’appareillage électrique, la société Téco crée une division de porcelaine pour produire des isolants électriques. Celle-ci va produire non seulement des porcelaines à finalité technique (isolateurs, porcelaines pour les laboratoires, les hôpitaux) mais également des objets d’art décoratif. Les terres employées viennent d’Europe centrale (Allemagne de l’Est ou Tchécoslovaquie) et aussi de France, près de Limoges.

Dans les années 1950, plus de 300 personnes y sont employées dont 80 pour la production de porcelaine. L’apparition sur le marché des isolants synthétiques conduit Téco à installer une division « bakélite et matières moulées ». Les potentialités offertes par ces matières et la concurrence des porcelainiers étrangers entraîneront la disparition de la division « porcelainerie » en 1970.

Dans l’intervalle, le successeur de Franz Theunissen, Jean-Marie Bonameau, a su anticiper cette évolution en réorientant la société vers le marché de l’électricité. Ayant pu conserver son personnel, la société poursuit ses activités.

Reprise en 1997 par Marc Geron, Téco est actuellement un des leaders du marché belge de la fabrication et de la distribution de matériel électrique lié au branchement. Elle emploie aujourd’hui une septantaine de personnes et dispose d’une filiale à Lokeren (Flandre orientale). L’usine de Bois-de-Breux ayant été détruite en 1994, désormais, le siège de Téco se situe à Beyne-Heusay.

Dans l’objectif avoué de rentabiliser et de remplir au maximum les fours, dès les années 1920, des séries artistiques sont créées en parallèle aux produits strictement techniques. Naissent ainsi plusieurs grandes thématiques : les services de table, les articles funéraires et religieux et les sculptures décoratives qualifiées de « Art et fantaisie ». Cette dernière, répertoriée par la lettre A, est développée dès les années 1920.

Le premier article, soit le A1, est la statuette Le fauconnier signé par Charles Graffart (1893-1967). Elle existe en biscuit de porcelaine blanc et en vert mat. Dans un courrier daté de 1932, l’artiste cède ses droits d’auteur, autorise sa reproduction et réserve l’exclusivité à la SA Téco. A cette époque, Charles Graffart est d’ores et déjà bien connu pour ses talents artistiques. Il fait partie de l’équipe du service des créations aux Cristalleries du Val Saint-Lambert, à Seraing. Formé à l’Académie des Beaux-Arts de Liège, dessinateur d’exception, il signe également de remarquables verres gravés à la roue.

Plusieurs nus et figures féminines aux coupes de cheveux « à la garçonne » sont signés par le sculpteur Jacques Laloux, actif à Liège dans les années 1930. En porcelaine bleue claire, grise ou patinée d’émail leur donnant une tonalité « bronze antique », elles arborent des couleurs rarement employées chez Téco. Elles portent souvent la marque Tecart, signifiant Téco artistique, en creux ou à l’encre réalisée à l’aide d’un cachet, mettant l’accent sur le caractère artistique de ces objets. Parfois, la mention de série limitée est précisée. Les poses langoureuses ou nonchalantes de ces « belles » les transforment en presse-livre ou en vide-poche . Il est à signaler au passage que le célèbre sculpteur Georges Petit (1879-1958) est également l’auteur d’un nu féminin de facture plus académique daté de 1927, aussi marqué Tecart. Une tête de jeune fille aux traits bien Art Déco est signée par F. Delvaux (A48). Après la Grande guerre, Camille Balland s’illustre à son tour par sa sculpture Tête de mineur.

Les articles religieux et funéraires ainsi que les services de table possèdent parfois des lignes angulaires caractéristiques de l’Art Déco. Ils sont soit mats, soit recouverts d’une barbotine brillante. Ils sont parfois soulignés de filets dorés ou platine et agrémentés de décors peints main ou de décalcomanies.

Plusieurs artistes ont fourni des modèles pour les articles religieux, répertoriés par la lettre R, bénitiers, figurines, vierges, etc. cadeaux en vogue pour les communions et les mariages. Une des artistes les plus talentueuses et les plus connues qui s’est illustrée dans ce répertoire est Jeanne Hebbelynck, née Dutry (1891-1959). Cette peintre, dessinatrice, illustratrice et miniaturiste gantoise signe plusieurs créations pour Téco dans les années 1930. Selon ses dessins, elle fait réaliser ses modèles en terre cuite par un sculpteur, ils sont ensuite peints avant d’être reproduits en série, en porcelaine. Elle crée entre autres une statuette de la Vierge Notre Dame du Bonheur, une crèche, un bénitier, une statuette Mon bien aimé est à moi. A sa suite, après la Deuxième Guerre mondiale, d’autres sujets religieux sont créés par les artistes Josette et Suzanne Boland, Madeleine Wouters, E. Sigismondi, Ascanio Guelfi, Leonildo Giannoni… Les articles religieux et funéraires de Téco ont connu un tel engouement qu’un concurrent, la manufacture de porcelaine Porcelarti SA, dont les activités sont centrées sur la fabrication de porcelaine funéraire, a planté ses installations à Warsage dans la région liégeoise.

Puisse, la redécouverte de ces créations remarquables et ce premier essai, aiguiser la curiosité de chercheurs en quête de sujets neufs et trop peu connus.

Par Eliane Bragard et Anne Pluymaekers