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La Derle – Li Dièle

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Description

La Derle – Li dièle

L’habile argile du Condroz

Vingt siècles de céramique en terres d’Andenne

 

Exposition au musée de la Céramique du 28 avril au 26 novembre 2017.

Introduction :

Organiser un travail de recherche sur la derle, la terre plastique, n’est pas une nouveauté. Plusieurs expositions, sans catalogues, avaient déjà eu lieu : vers 2000, à Andoy ; en 2003, à Andenne ; en 2005, à Mozet ; en 2006, à Bonneville et Ohey. Une visite du site de Ladrée était également possible en 2008, lors de la Biennale de la Céramique d’Andenne. Ces évènements avaient alors opté pour une approche thématique basée sur la description des particularités géologiques de la région d’Andenne, l’extraction, les mines et les mineurs notamment. Eric Goemaere, géologue au Service géologique de Belgique (SGB) et à l’Institut royal des Sciences naturelles de Belgique (IRSNB), avait également publié en 2010 l’ouvrage Terres, pierres et feu en vallée mosane, une étude complète sur l’exploitation des ressources naturelles d’Andenne. Le Musée de la céramique d’Andenne, pour sa part, dispose d’une salle permanente, à l’origine une simple vitrine (1985), dédiée à ces sujets depuis 1995.

Cet intérêt est bien entendu lié à l’histoire locale de la céramique dont les missions du Musée se font un point d’honneur à mettre en valeur et à contextualiser. Andenne a été une cité de la céramique importante en Wallonie. La Ville présente par ailleurs toujours les traces de ce passé, tandis que son Musée en conserve la mémoire. Alors, pourquoi ressasser le passé ? La réponse est simple : pour inscrire cette histoire dans un récit qui continue aujourd’hui !

C’est un constat de notre dernière introspection, ayant permis l’écriture en 2014 d’un plan d’action quadriennal, qui a mené l’institution à cette nouvelle approche. Car loin d’être passéiste, un musée est avant tout un creuset d’idées et le lieu d’une actualité qui s’explique en regardant ce qui se faisait avant, pour réfléchir ce qui est fait maintenant ou pourrait être fait demain. Pour jouer son rôle en Fédération Wallonie-Bruxelles et plus largement, le Musée de la céramique se devait de relire ses classiques sous un jour différent. C’est ce que proposent cette publication et l’exposition qui y est associée : l’évolution d’une matière, des mines et de l’archéologie à l’art contemporain !

Nous avons voulu rassembler les spécialistes du moment et des artistes au sein d’un projet interdisciplinaire et multidimensionnel. Les archéologues dévoilent leurs dernières trouvailles, tandis que les artistes de l’Académie de Huy expriment leur art à partir de terre brute, extraite dans la région et offerte par la société Carmeuse. Le Musée peut ainsi vous proposer de parcourir le temps, tout en faisant la synthèse des connaissances acquises. Il proposera aussi en 2018 un autre volet de l’histoire régionale, la céramique industrielle, c’est-à-dire un regard sur l’histoire récente de la Ville, qui fut un maillon important de l’industrialisation belge. Derle et céramiques industrielles sont les deux faces socio-économiques d’une même pièce, qui fondent l’identité  d’Andenne.

Mémoire et identité, les jalons sont posés ! Quoi de plus naturel, lorsqu’on s’intéresse à une ressource telle que l’argile, matière tout autant symbolique et présente dans de nombreux textes évoquant la création de l’Homme, que de lier intimement terre et humanité.

Ainsi commence ce Dossier de l’IPW par le rappel des richesses géologiques de la région et par les témoignages d’anciens mineurs des terres plastiques. Jacques Vandenbroucke propose ici la transcription, contextualisée par l’historien, de la récolte de mémoire orale opérée en 2016 au Musée, auprès de Raymond Trinaux, Ferdinand Marlet, Jean Pire et Madeleine Balthazar, dans le cadre d’un projet de patrimoine immatériel avec l’ULg, Guillaume Jousten et la Province de Namur. Une vidéo de ces témoignages est projetée dans l’exposition. Afin d’augmenter la compréhension de la matière et de la spécificité de la faïence fine, un article suit sur la restaurations d’œuvres de nos collections en 2012, propriétés conjointes de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la ville d’Andenne. l’introduction « Terre à terres » conduit le lecteur vers une visite de sites archéologiques régionaux, s’étendant de l’ère gallo-romaine au XIXe siècle. Comme nous ne pouvions pas oublier les pipiers, les premiers producteurs modernes de faïences fines, établis de 1757 à 2008, un chapitre leur est bien entendu consacré. Ainsi, les contributions des Amis de l’Ardenne et de Pascal Léonard insistent sur l’étendue du commerce de la derle et le maintien, jusqu’il y a peu, de cette activité pipière. L’histoire de la Piperie Léonard et le résultat des fouilles du « Puits Limet » (1997), avec les rebus de la piperie Désiré Barth, sont écrits ici pour la première fois ! Enfin, ce tour d’horizon nous mènera à continuer l’observation de cette évolution tranquille jusqu’à nos jours, en mettant en perspective l’histoire particulière de la céramique andennaise dont la force est la transmission de ses savoir-faire jusqu’en 1993. Nous terminerons avec la narration de la fin et de la possible reprise des extractions d’argile, lesquelles sont des évènements historiques marqués par l’intérêt d’artistes célèbres, comme Antonio Lampecco, depuis les années 1950.

C’est donc avec un projet contemporain, celui de l’Académie des Beaux-Arts de Huy, sous le professorat de la céramiste Fabienne Withofs, que nous concluons à la fois cette publication et la toute première exposition du Musée sur ce thème. La derle, qui n’est plus exploitée depuis les années 1970, retrouve ici un intérêt artistique de premier plan et pose la question : Andenne connaîtra-t-elle à nouveau un rebond artistique et industriel ?

Par Cédric Piechowski