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« Noël » par Arthur Craco

Publié le 10 avril 2012

 

Indubitablement, une des plus grandes stars du Musée de la céramique d’Andenne est le sculpteur bruxellois Arthur Craco (1869-1955). Surprenant, pensez-vous ?

Pourtant, également céramiste, Arthur Craco est l’initiateur du renouveau de la céramique artistique à Andenne au XXe siècle. Reconnu comme l’un des grands céramistes de l’Art nouveau, Craco se rend régulièrement de Bruxelles à Andenne dès les années 1910 et, au moins jusqu’à la fin des années 1940. Après avoir travaillé dans plusieurs ateliers en Belgique, l’artiste mesure les nombreux intérêts que peuvent lui procurer les ateliers de grès cérame andennais, grès capable de résister au gel. Grâce aux énormes fours de l’usine Losson et de l’atelier Daenen, Craco peut entre autres s’exprimer dans des créations monumentales et pérennes à moindres frais. Leurs ouvriers exécutent des moulages en plâtre d’après les modèles de Craco. La terre est alors estampée dans le creux des moules puis démoulée et séchée avant d’être soumise aux hautes températures du four. La terre s’est alors muée en grès cérame dit de « grand feu » nuancé par les coulées d’émail ou les vitrifications du sel commun.

Le musée est doté de près de deux cents réalisations de l’artiste : gravures, sculptures, moules, dessins, estampes… Plusieurs acquisitions et dons importants ont encore récemment enrichi la collection. Une atmosphère mystérieuse se dégage de ces œuvres teintées de style Art nouveau, de symbolisme ou d’un goût médiéval. Avec son bestiaire unique et original, ses hiboux, ses perroquets, ses corbeaux, ses coqs, ses bouledogues, ses grenouilles, Craco semble dresser une satire humoristique de la société.

Il aborde aussi avec beaucoup de verve nombre de sujets religieux. Un des moments forts de la visite du musée est la vision provoquée par l’ensemble « Noël » composé d’une dizaine de figures de taille semi-humaine. De couleur terre et feu, l’œuvre suscite autant la contemplation et le silence que l’étonnement. Arthur Craco l’a créée pour l’exposition universelle de Bruxelles en 1935. L’anonymat du prieur en prosternation et le recueillement de ces masses brutes et brillantes à la fois sont autant de pièces de bravoure que de véritables chefs-d’œuvre de l’art expressionniste.

Artiste caustique à l’univers unique, voire « déjanté », Arthur Craco est assurément une des stars du musée ! Au fil d’une balade dans les rues andennaises, vous découvrirez aussi ses fontaines monumentales « aux faisans » et « aux chats ».

Anne Pluymaekers