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Dossier de presse : Rik Delrue, incursions inattendues

Publié le 9 juin 2011

 

Rik Delrue : courte biographieRik Delrue à l'atelier

Né à Heestert, près de Courtrai, en 1963, Rik Delrue a reçu une formation de céramiste à l’Institut supérieur des arts graphiques Saint-Luc à Gand et à l’Institut supérieur Charlemagne à Anvers. Aujourd’hui professeur de céramique à l’Académie des arts de la ville d’Ostende, il est aussi plasticien conceptuel et performer. A ses débuts, dès 1992, il centra son travail sur lui-même, en quête de son Moi. Depuis les années 2000, son art est littéralement descendu dans la rue. Rik Delrue a fait de sa démarche artistique une œuvre collective basée sur des rencontres qu’il traduit et interprète. Il s’est concentré sur des icônes de la culture populaire qu’il a stylisées et qui sont porteuses de réflexions sur notre société. Produites en séries, ces œuvres ont une dimension unique et incarnent des messages, des histoires et des témoignages individuels et universels.
En 2001, il s’est fait remarquer lorsqu’il « libéra » 13 000 nains de jardin dans le centre ville de Gand; une installation gigantesque et un événement participatif qui a marqué les esprits. Ses derniers projets à Amsterdam, au musée Het Kruithuis à Den Bosch aux Pays-Bas et au musée Westerwald en Allemagne l’ont révélé et projeté sur la scène internationale.
« Il convient d’abord de sourire devant les œuvres de Rik Delrue, tout simplement parce qu’elles font usage d’images populaires, jugées grotesques ou kitsch, mais ensuite, de réfléchir aux questionnements subtils qu’elles nous invitent à poser. Nains de jardin, cochons tirelires, ours en peluche… les objets qui composent les installations de l’artiste ostendais sont médiateurs d’une subtile analyse de comportements sociaux et du regard que le public porte sur l’art et sur sa propre personne. La démarche de Rik Delrue, d’ordre conceptuel – s’exprimant par la performance ou l’installation, tout en étant parente d’un certain design alternatif – apparaît parmi ces incongruités qui composent le paysage de la céramique postmoderne. »

Ludovic Recchia, conservateur de la section céramique au Musée royal de Mariemont.
Extrait de l’article qu’il a consacré à Rik Delrue dans « Piggy board – Rik Delrue », 2008.

« Rianto », d’après le « Wayang Kulit »

rianto-31D’origine indonésienne, le « Wayang Kulit » est une représentation théâtrale mettant en scène les ombres de fines marionnettes richement découpées et ajourées se mouvant sur un écran blanc. Les profils de ces visages possèdent une signification ; ils sont porteurs de traits de caractère et d’états d’esprit. C’est ce qui touche Rik Delrue qui se les approprie et travaille sur les variations de la forme des yeux, du nez, de la bouche et de la position de la tête. Il les réinterprète totalement, leur conférant une dimension personnelle. Cette installation a été présentée en intérieur et en extérieur de 1993 à 1995 et se retrouve aujourd’hui dans le jardin du Musée pour entamer une nouvelle danse rythmée par le vent…

« Indrukken », l’œuvre autobiographique

Le second projet de l’artiste a été créé en parallèle avec sa psychanalyse. Au carrefour de sa vie, Rik Delrue se cherche et cherche à exprimer son indrukken-1identité, les événements marquants qui l’ont façonné ou transformé et le sens qu’ils ont pris dans sa vie. Tout ce vécu est transposé dans des carreaux en argile qui, posés côté à côte, forment une autobiographie de l’artiste. Chaque pavé porte ses initiales et une date représentant un fait l’ayant marqué, influencé, changé, parfois même, blessé ou ayant simplement laissé une trace dans sa mémoire. Au cours de ce processus de création, Rik Delrue découvre une partie insaisissable de lui-même en invoquant concrètement le souvenir ou la mémoire par des signes. Cinq séries de carreaux sont développées et classées de façon logique. La première série renvoie à des faits de sa petite enfance, la seconde montre les dessins de son fils, Rianto, rayés dans l’argile, la troisième reprend les colères et déceptions qu’il a traversées, la quatrième est un vrai bijou tant les plaquettes sont fines et fragiles. Enfin, la cinquième représente son jardin secret ; le chagrin qu’il rend illisible et inaccessible en le fermant hermétiquement.

« Intellectual gnomes », la libération des nains

rik-delrue-intellectual-gnome-copyright-danny-de-kievithEn 2000, alors qu’il est invité au 24ème symposium de sculpture à Walbrzych en Pologne, Rik Delrue est particulièrement interpellé et subjugué par la quantité de nains mis en vente et qu’il croise sur son parcours, tout particulièrement à la frontière germano-polonaise. Il s’en inspire et stylise à sa façon cette icône d’art populaire pour obtenir son propre nain en porcelaine blanche. Ses gnomes mesurent 45 cm et arborent parfois une pancarte sur laquelle il choisit d’inscrire un morceau de texte de critique d’art ou de psychanalyse. Touché par l’amour et l’attention que ces petits bonshommes provoquent, son projet socio-artistique se fait en deux temps. Tout d’abord, il part à la rencontre des gens de son village et les photographie, de façon simple et authentique, en compagnie du nain. Il met ensuite sur pied un projet collaboratif avec 28 artistes internationaux. Il leur envoie un exemplaire en leur proposant de le personnaliser avant de lui renvoyer. Que ce soit pour le décorer, le briser en morceaux, ou le couper en deux, ils font de ces nains « clones » des individus à part entière au sein d’une société multiculturelle de gnomes. Parmi tant d’autres céramistes, le Leton Peteris Martinsons, le Belge Vincent Kempenaers, le Japonais Hideo Matsumoto se sont prêtés au jeu. En 2001, il décide de libérer 13 000 nains qui ont envahi tout le centre ville de Gand. Au matin, ils ont été très rapidement adoptés par les citoyens.

« Fast affection bear », l’ours comme produit de consommation rapide d’affection

rik0003Arrivent ensuite les ours en peluche … en céramique. Représentation de la tendresse et des besoins enfantins, étonnement, Rik Delrue les img_5791_1_1emprisonne dans des bocaux en verre. L’artiste crée le paradoxe en le rendant porteur d’un label et message d’amour. Notre société souffre de l’abandon des rapports humains traditionnels ; on se rencontre virtuellement, on banalise la relation à l’Autre. Il met ainsi le doigt sur cette culture de consommation rapide où même la tendresse est consommable et contenue dans un produit d’appel.
Dans le cadre de l’exposition, « Rik Delrue, incursions inattendues », il décide de lâcher ses ours dans le centre ville d’Andenne… et pourquoi ?
Car l’ours et Andenne… c’est une histoire légendaire.
Depuis des siècles, l’ours est le symbole de la ville. Selon la légende, Charles Martel serait né à Andenne. Encore enfant, il aurait sauvé la ville des griffes d’un ours effrayant en le tuant. Depuis lors, l’ours est à la fête chaque année et tout particulièrement lors du Carnaval des ours. Véritablement ancré dans le cœur des andennais, il en est la mascotte. Lorsque Rik Delrue découvre l’attachement populaire que les citoyens lui portent, il décide de leur offrir, en collaboration avec Royal Boch, des milliers d’ours… En exposition ou en cadeau ; il y en aura pour tout le monde !

« Piggy boards », le cochon-tirelire revisité

Lancé en 2007, le projet « Piggy boards » est créé pour une exposition à dimension rétrospective qui s’est tenue à Ostende. Rik Delrue s’engage rik-delrue-piggy-board-copyright-danny-de-kievithalors dans une réflexion sur le sens de la vie et sur nos priorités. Si nous devions choisir, que garderions-nous vraiment ? Il choisit le cochon pour tout ce qu’il symbolise dans notre culture ; de l’interdit à la saleté en passant bien entendu par l’épargne. L’épargne d’un point de vue financier, l’épargne d’un point de vue personnel.
Sa démarche artistique débute par une rencontre avec des gens, dans la rue, à l’hôpital ou en prison. Il les écoute attentivement et récolte leur témoignage, leur parcours de vie. Il s’approprie ensuite ce contenu, l’interprète puis le rend plastiquement concret sur ses cochons. Ils deviennent ainsi des tableaux noirs sur lesquels des récits de vies sont couchés. Lors de l’exposition, les cochons sont placés sur de hauts socles, rendant le visiteur humble face aux œuvres qui reflètent le courage d’expression de différents témoins.

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