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Variations autour des cristallisations de l’émail

Stell’art, collectif européen composé de céramistes, stars des émaux à cristallisations, suit depuis quelques années son étoile à travers toute l’Europe et cette fois, c’est au Musée de la céramique d’Andenne qu’elle l’a mené. Après les musées de Mettlach, Delft et Guebwiller, l’exposition « Miroir d’étoiles » scintillera de mille feux en nos espaces.

Au-delà des aspects techniques complexes qui prévalent à leurs compositions chimiques et surtout au mode de cuisson, les émaux cristallins de Denis Caraty, Edmund Deinböck, Peter Fröhlich et Hein Severijns invitent à plonger le regard dans la subtilité de la matière et à se laisser surprendre par la magie des reflets nacrés. Chaque artiste propose une expédition dans une galaxie, voire une voie lactée qui lui est unique. De toute façon, chacun est libre de les interpréter. Certains verront dans ces diffractions des cristaux de neige, de sucre, de sel ou de gemme, d’autres encore, une immersion dans l’univers minéral, biologique ou aquatique.

Une expo dont on ressort avec des étoiles plein les yeux !

Présentation au format pdf « Miroir d’étoiles » Stell’Art 2011

Les artistes

Denis Caraty (France)

Céramiste depuis 1978, Denis Caraty réalise ses premières cristallisations en 2001. Cette passion s’est éveillée en lui à la suite de la découverte des cristallisations de Chatt McGonagill, un céramiste américain du Mississippi. Il trouve alors sa propre voie dans l’univers des cristallisations et met au point des glaçures brillantes sur des fonds vivement colorés, comme son Rouge de rouge flammé.

Ses pièces sont rares et remarquables à plus d’un titre. Après modelage de ses formes, il les reproduit par coulage, dans des empreintes en plâtre, d’une barbotine de porcelaine à base de kaolin, de feldspath et de quartz, un dosage savamment orchestré par ses soins. Ses glaçures sont cuites à 1260°C. Les colorations sont obtenues grâce au mélange entre les glaçures et les composés d’éléments métalliques (cobalt, nickel, cuivre, manganèse, fer…). La fin du cycle de cuisson est particulièrement longue, elle dure des heures et se fait par paliers. Elle permet ainsi d’influer sur l’apparition des cristaux et d’en provoquer la taille et la forme.

Site Internet Denis Caraty

Edmund Deinböck (Suisse)

Edmund Deinböck jouit à ce jour d’une longue carrière de maître céramiste.

Après son apprentissage, il travaille durant quinze ans à la Manufacture de porcelaine Gustavberg à Stockholm, puis il lui vient l’inévitable envie de devenir indépendant et de s’installer à son compte. Dès lors, il développe son œuvre dans son propre atelier qu’il tient depuis 1972 avec son épouse à Seuzach en Suisse.

En marge d’une production de céramiques utilitaires en grès de haut niveau, il consacre une partie de son temps à la création de pièces uniques à glaçures cristallines.

Site Internet Edmund Deinböck

Peter Fröhlich (Autriche)

Au cours de son apprentissage et de ses études, Peter Fröhlich réalise des pièces qui sont des tableaux. Il utilise la technique de la marqueterie mais réalise aussi des sculptures composées d’éléments tournés, outrepassant les normes d’usage.

Etabli comme céramiste indépendant, il fait ses premières expérimentations dans le domaine de la céramique utilitaire (grès), et se lance dans la création de pièces uniques aux lustres et aux glaçures cristallines.

Au fil du temps, il cherche sa voie dans le perfectionnement des cristallisations, se spécialisant en particulier dans un registre de tons verts et bleus (zinc-cobalt-cuivre).

Depuis plusieurs années, il utilise presque exclusivement la pâte de porcelaine ; cuite à 1300°C, un matériau qui transcende la formation des cristaux.

Site Internet Peter Fröhlich

Hein Severijns (Pays-Bas)

Hein Severijns réalise des pièces uniques en porcelaine (pâte de Limoges) tournées à la main. Les émaux qui les recouvrent sont satinés mats et ponctués de petits cristaux.

La cuisson biscuit se fait à 1120°C, tandis que celle de l’émail varie de 1280 à 1300°C. La formation des cristaux a lieu lors d’un refroidissement extrêmement lent de la surface émaillée, par paliers précis et dirigés. L’accent n’est pas mis sur la grandeur des cristaux, mais sur l’harmonie esthétique et élégante entre les cristallisations et la forme de l’objet.

Après cinquante ans de travail, tel un alchimiste, Hein Severijns poursuit le but sacré et chimérique : réaliser l’objet parfait.

site Internet de Hein Severijns

La technique

Peu de céramistes ont la faculté de pratiquer un tel art. L’obtention d’émaux à cristallisations est une tâche complexe et laborieuse qui demande des connaissances importantes de la chimie pour la formation d’une glaçure si particulière et aussi beaucoup d’effort et d’expériences. La magie opère lors de la cuisson, les cristallisations se forment et se développent. Au commencement, le céramiste modèle l’argile et façonne la pièce, celle-ci va subir dès lors deux cuissons différentes. La première, dite cuisson biscuit, permet à l’argile de se solidifier tout en gardant sa structure poreuse. Chaque pièce est ensuite recouverte alors d’un émaillage, vient alors la deuxième cuisson dans un four électrique à l’intérieur duquel la température peut atteindre entre 1250 et 1300°C. Les composants de l’émail fondent sous la chaleur.

Les formes cristallines naissent lors de lors de l’abaissement en température des émaux en fin de cuisson lorsque l’émail se solidifie. Elles sont initialement connues sous la forme de minéraux naturels et sont la conséquence du refroidissement de l’écorce terrestre depuis de millions d’années. On peut citer en exemple la willémite (silicate de zinc naturel) et l’hématite (silicate de fer visible sur les aventurines). La période de cuisson peut durer de 8 à 48 heures. Il existe une variété de techniques permettant d’obtenir des cristaux de différentes tailles, formes et couleurs.

Historique

L’origine des émaux cristallisés remonterait à la Chine antique et plus précisément à la dynastie Song (960-1279). Il semble que cet effet ne soit que le résultat d’une cuisson dans les fours massifs dont le refroidissement était souvent très lent.

L’histoire des émaux cristallisés ne naît réellement qu’au XIXe siècle, cent ans après l’introduction de la porcelaine en Europe. La révolution industrielle offre alors le cadre propice au développement des sciences et techniques.

C’est aux céramistes français que revient la redécouverte et la maîtrise du phénomène de cristallisation. L’un de ces pionniers fut Alexandre Brogniart, le directeur de la Manufacture Nationale des Sèvres. Nombres de céramistes considèrent alors encore la cristallisation comme un effet indésirable qu’il s’agit d’endiguer. Il fallut attendre le tournant du siècle pour apprécier, amadouer et maîtriser parfaitement les principes fondamentaux de cette technique.

Grâce à Adolphe Clément (formé à Sèvres), la Manufacture Royale de Copenhague sera la première à éditer et exposer des objets « décorés » de cet effet, dont une sculpture représentant un ours polaire.

En 1900, le succès populaire se confirme à l’Exposition Universelle de Paris où la Manufacture Nationale de Sèvres et la Fabrique de Porcelaine de Meissen proposent de grands vases exécutés selon cette technique.

Le caractère organique de la manifestation physique, ainsi que son développement tout en rondeur trouvent un écho favorable dans le mouvement Art Nouveau à travers le monde. L’âge d’or prend fin avec l’Art Déco laissant peu de place pour des produits instables et coûteux, car longs à produire. Après la Première Guerre mondiale, rationalisation et efficacité sont de mise. Ce n’est qu’après 1950 que les cristallisations renaissent sous les doigts de céramistes indépendants. De nos jours, rares sont les céramistes qui la maîtrisent.

Conclusions

Les émaux cristallisés fascinent par leur caractère imprévisible et unique. Nul ne peut prédire le rendu d’une pièce avant sa sortie du four. La maîtrise technique permet tout au plus d’orienter le résultat final, mais vouloir dompter le phénomène est une chimère. Ces recherches nécessitent minutie et patience, un art sans fin.

 

 

Autour de l’exposition

Conférence-démonstration « Histoire et technique des cristallisations de l’émail » par Hein Severijns et Anne Pluymaekers, le jeudi 19 juillet à 20h

Après un bref exposé de la découverte et du développement du procédé d’émaillage, Hein Severen proposera de poursuivre la rencontre sous la forme dynamique d’une démonstration et invitera les auditeurs à un jeu de questions-réponses.

Dossier de presse Miroir d’étoiles

dépliant quadrilingue Miroir d’étoiles recto

dépliant quadrilingue Miroir d’étoiles verso