Déjà au XVIe siècle, on se sert de moules en plâtre et non plus en argile cuite comme dans l’Antiquité. Au fil des ans, il s’améliore. Au XVIIIe siècle, le plâtre mieux pilé et tamisé rend la forme des moules plus tranchante et plus lisse ; de plus ce plâtre frais, non trop cuit, absorbe mieux l’eau de la pâte d’une balle (boule) ou d’une croûte(disque) d’argile. Cette amélioration enrichira les techniques.
Moulage à la balle.
Le plus simple, déjà connu au néolithique. Au XVIIIe siècle, le potier se sert de balles de pâte bien homogène, que l’on imprime dans un moule au moyen d’une éponge.
Au départ il s’agit de mouler des pièces pleines, comme l’anse d’une tasse aux deux moitiés égales, moulées chacune dans une coquille, puis collées l’une à l’autre. Mais bientôt, les pâtes et les moules plus fermes permettent le moulage de pièces creuses et fines comme doit l’être une statue. La balle s’aplatit dans le fond de la coquille. Et la barbotine colle les deux pièces creuses strictement symétriques.
Moulage à la croûte (une galette ou tablette d’argile) de plus en plus fine et tassée.
Ces croûtes améliorées et plus fiables que les balles transforment également le moulage. Alors qu’au XVIe siècle on découpe un cylindre d’argile en galettes au moyen de deux planchettes et d’un fil d’archal, au XVIIIe siècle pour obtenir une seule croûte, plus lisse et mieux tassée, on se sert d’un rouleau en bois muni de deux poignées, pour étendre une masse de pâte.
Plus tard, pour mieux en fixer l’épaisseur, le mouleur place la pâte entre deux règles d’épaisseur identique que doit atteindre le rouleau à force d’étendre la pâte.
Comment utiliser la croûte ?
On l’applique simplement dans le moule mouillé au moyen d’une éponge humide, que ce soit un simple moule ou un moule en deux parties, appelées coquilles ; ce dernier moule nécessite deux croûtes. Dans ce cas, dès qu’on a retiré les deux croûtes appliquées dans ces coquilles, on les colle l’une à l’autre à l’aide de barbotine, de l’argile diluée.
Evidemment pour des pièces plus complexes, comme une tasse, une cafetière ou une statue, on moule séparément l’anse, la buse, les bras, etc…, que l’on colle au corps de la pièce de la même façon.
Auparavant le modéliste aura façonné en terre plastique le modèle de l’assiette, de l’anse ou du bras. Une fois cuit, le modèle servira à faire le moule en plâtre.
La machine à croûtes automatiques.
Les Boch lanceront une machine qui rappelle la méthode employée au XVIe siècle, un cylindre de pâte, découpé à la main en galettes grâce à un fil de fer.
D’après Brongniart, on forme trois masses cylindriques de pâte, ayant le diamètre que doivent avoir les croûtes pour assiettes ou plats ronds. Puis on pose ces cylindres sur un plateau horizontal, porté par un axe vertical et central, plateau tournant grâce à une manivelle. Le tout fixé au centre d’un châssis en bois, un châssis traversé par un fil de laiton horizontal. Chaque fois que la manivelle fait tourner le plateau, le fil rencontrant les trois cylindres, coupe trois tranches d’argile. Il suffit alors que ce fil descende chaque fois d’un écart égalant l’épaisseur de la croûte, pour qu’au tour suivant d’autres croûtes soient découpées. Chez Boch, Brongniart a vu couper cent trente croûtes d’assiettes parfaitement égales, en deux petites minutes. Par un seul ouvrier ! (Brongniart, …)
Une fois ce système mis au point, chez Boch aucune pièce plate, telle une assiette ou une soucoupe, ne se moulait complètement sur le tour. Elles se faisaient grâce aux croûtes, moulées sur des moules de plâtre. En série !
De la croûte au moulage en série.
Prenons l’exemple d’une assiette à mouler. Comment en produire des milliers ?
Le mouleur part d’un moule-modèle ou modèle-type, en plâtre vernissé, de l’intérieur d’une assiette, qu’un modéliste a façonné.
Il en tire 50 moules en plâtre vernissé, dites mères.
Puis de chacune de ces 50 mères, il peut tirer, en plâtre non vernis, 50 moules de travail, soit en tout 2500.
Enfin de chacun d’eux, on peut tirer plus ou moins 30 assiettes de faïence ou de porcelaine, en appliquant à l’éponge sur ce moule de travail une croûte de pâte.
Comme ce moule donnait à cette croûte toute la forme intérieure d’une assiette, il suffisait au mouleur, au moyen d’un tournassin, une lame d’acier coupante, de lui donner son épaisseur et sa forme extérieure. Une fois séchée, la croûte moulée s’enlevait facilement.
Si le mouleur vernit le modèle et toutes les mères (moules-mères), c’est pour les protéger. Quant aux moules de travail, ils demeurent non vernis, vu qu’ils requièrent une grand porosité. Car lors du moulage des assiettes en pâte, ils doivent en absorber le plus d’humidité. Ce moulage permettait de produire en série.
Robert Mordant.




