Camille Renard, un ingénieur artiste, qui fera en cinq ans (1859-1864), d’Andenne un petit Sèvres. Né à Liège en 1832 avec la Brabançonne, il est le fils à la fois d’un libraire imprimeur, d’un poète et d’un professeur d’histoire de l’art et d’archéologie à l’Académie des Beaux-Arts. Il fréquente le collège communal, l’athénée de l’époque. Si doué qu’après cinq ans d’études, il réussit l’examen d’entrée à l’Ecole des Arts et Manufactures, future Ecole des Mines rattachée à l’Université de Liège. Six ans plus tard, devenu ingénieur, il rêve d’une industrie, qu’il vouerait à l’art.
Rapidement directeur à Andenne (1858) d’une fabrique de réfractaires, qui ne l’enthousiasme guère, car trop utilitaires, il acquiert une modeste porcelainerie pour accomplir son rêve : créer du Sèvres. Il engage des artisans de Paris, tels Bara et Jacobs ; de Limoges, tel Jourde ; de Bruxelles, tels Foller et Demoustier ; de Namur, tels Caminel et Larock.
Cultivé, Renard sait peindre ; ingénieur, il connaît les techniques. Et le miracle se produit. Loin des règles et des académies, Renard donne l’envie à tous ses artisans de créer du nouveau : du réalisme, de l’art nouveau, de l’impressionnisme, du symbolisme et du surréalisme. A cette époque ces mouvements artistiques sommeillent encore.
Malheureusement, peu gestionnaire, après cinq ans il court à la faillite. Pour Camille Renard, le cristal du Val Saint-Lambert et une chaire de chimie et d’histoire de l’art à l’Université de Liège remplaceront la porcelaine. En prophète, il unit intimement la recherche et l’industrie.
Quant à la porcelaine, peu à peu vers 1880, elle s’en ira mourir, comme la faïence, dans les vieux quartiers andennais, tandis que John Cockerill lancera Andenne dans la brique réfractaire et le grès, couvrant la ville de cheminées.
Robert Mordant






